samedi 25 mars 2017

Réflexions philosophiques sur la punition






Les Chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth
La punition (20-23 mars 2017)
(1/4) : Peut-on philosopher en prison ?
Avec Alain Guyard : Ecrivain et philosophe vagabond
(2/4) Portraits de la honte en littérature
Avec Jean-Pierre Martin : écrivain, essayiste, membre honoraire de l’Institut universitaire de France, et professeur émérite de littérature à l’université Lyon 2
(3/4) Je souffre donc je jouis
Avec Elisabeth Roudinesco : historienne de la psychanalyse, chercheur associé au département d’histoire de Paris VII. Collaboratrice du Monde des Livres.
(4/4) Beccaria, Des délits et des peines
Avec Philippe Audegean : professeur de philosophie à l'université de Nice

Soumise au néolibéralisme, l'Europe est fondamentalement anti-démocratique

MAJ de la page : Frédéric Lordon



La Grande table (2ème partie) par Olivia Gesbert
Frédéric Lordon, la concurrence des souverainistes (24.03.2017)

"[Définition de la] souveraineté : effort d'une communauté pour se rendre consciente et maîtresse de son destin (...) définie ainsi cette souveraineté s'assimile en totalité au concept de démocratie, si bien que se déclarer anti-souverainiste ou anti-souveraineté c'est s'avouer anti-démocrate.

La question préalable à toute autre question de politique économique est la question européenne (...) et plus généralement la question des configurations de la structure macroéconomique (...)
Il est vrai que "il n'y a pas d'alternative" [Margaret Tatcher] dans le cadre des structures telles qu'elles ont été établies présentement et que pour reconstituer des alternatives il faut impérativement modifier les structures du cadre [néolibéral] (...) 
Le néolibéralisme (...) consiste en trois choses : 
1) la financiarisation internationale
2) le libre échange international
3) un certain type de politique économique - dont l'Union européenne donne l'expression quasiment pure et parfaite - (...) que l'on résume par les termes : ajustement structurel, privatisation, orthodoxie budgétaire [austérité], etc. 
Tant que vous n'avez pas modifié ces choses là vous êtes voué à agir [dans le domaine économique] sur le deuxième chiffre après la virgule. 

[Sur Emmanuel Macron] :
Emmanuel Macron est un candidat sans base sociale réelle, sous stéroïdes médiatiques (...) On marche sur la tête [en ce qui concerne les ralliements tout azimut] ou alors, ce qui est mon hypothèse, il y a une escroquerie de très grand format qui est dans le tuyau."

* * *

Discours de Pierre Mendès-France contre le traité de Rome le 18 janvier 1957
le 25 mars 2017 - Les Crises

Extraits [texte intégrale en bas de page] :

« Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XIXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. Dix crises graves, tant de souffrances endurées, les faillites et le chômage périodique nous ont montré le caractère de cette théorie classique de résignation. […] Dans le cas d’une crise économique, il se produira une baisse des salaires allemands, un dumping de l’industrie allemande contre la nôtre. […] L’harmonisation doit se faire dans le sens du progrès social, dans le sens du relèvement parallèle des avantages sociaux et non pas, comme les gouvernements français le redoutent depuis si longtemps, au profit des pays les plus conservateurs et au détriment des pays socialement les plus avancés.

En fait, ne nous ne le dissimulons pas, nos partenaires veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à consister, coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière et, par contrecoup, au détriment des autres classes sociales qui vivent du pouvoir d’achat ouvrier. Il faut faire l’Europe dans l’expansion et dans le progrès social et non pas contre l’une et l’autre.

Si nos charges sont trop lourdes, comme il est certain, si notre balance des payements en est altérée, on nous invitera à dévaluer le franc, une ou plusieurs fois, autant qu’il le faudra, pour rétablir l’équilibre, en réduisant chez nous le niveau de vie et les salaires réels. […] Alors, la dévaluation ne sera plus une décision souveraine, nationale ; elle nous sera imposée du dehors, comme pour freiner nos initiatives sociales, jugées trop généreuses.

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Il est évident que le mouvement naturel des capitaux, surtout des capitaux privés, sera orienté vers les pays à faibles charges, c’est-à-dire vers les pays où la politique sociale est la moins coûteuse. Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée.

Il m’est arrivé souvent de recommander plus de rigueur dans notre gestion économique. Mais je ne suis pas résigné à en faire juge un aréopage européen dans lequel règne un esprit qui est loin d’être le nôtre. Nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des matières qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale ; les suites peuvent en être trop graves du point de vue social comme du point de vue politique. Prenons-y bien garde aussi : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter […] car ensuite, les décisions seront prises à la majorité.

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

Etienne Chouard parle de démocratie

MAJ de la page : Etienne Chouard



Etienne Chouard répond aux questions des internautes (Cercle des Volontaires, mars 2017)



Etienne Chouard, Procès du processus électif représentatif (Paris, décembre 2016)
 

  

vendredi 24 mars 2017

Prendre soin de soi, des autres et du monde

MAJ de la page : Françoise Bonardel



Les Discussions du soir par Leili Anvar
Prendre soin de soi, des autres et du monde (22.03.2017)
Avec Françoise Bonardel : professeur de Philosophie à l'Université Paris I.

Prendre soin de soi - enjeux et critiques d'une nouvelle religion du bien-être, Ed. Almora, 2016
Héritée des Grecs, puis remise à l’ordre du jour par des philosophes contemporains comme Pierre Hadot (1922-2010) et Michel Foucault (1926-1984), l’idée que tout être humain ait à prendre soin de lui-même est devenue centrale aujourd’hui, en témoigne la pensée américaine du «care». Mais que signifie «prendre soin de soi-même» ? Retrouver le calme, se sentir en sécurité, redécouvrir son corps, développer sa créativité et pourquoi pas renouer avec le sacré ? Le but de l’ouvrage est de donner une assise philosophique, psychologique et spirituelle à ce besoin de «soin». Françoise Bonardel nous rappelle que ce soin à soi-même était déjà présent dans la philosophie antique et elle nous dresse le développement de la notion jusqu’à l’époque moderne. Elle se demande aussi si cet intérêt à soi ne cache pas finalement un égoïsme voire une forme de dandysme ; elle s’attache donc à nous montrer comment entretenir ce réel souci de soi dans le quotidien et notamment dans les périodes de crise. L’auteur ouvre enfin la question du soin de soi à la dimension religieuse et sacrée ; pour les mystiques cette expression de soin de soi-même revient à inscrire son devenir dans un processus de transformation et de maturation jusqu’à une ouverture vers la splendeur du Grand Soi. Ce livre nous présente pour la première fois en français une perspective complète et pratique sur le soin de soi-même.
Quatrième de couverture
Commande sur Amazon : Prendre soin de soi : Enjeux et critiques d'une nouvelle religion du bien-être
  

Lettre au général « X »

MAJ de la page : La sagesse du Petit Prince



Une vie, une oeuvre par Irène Omélianenko
Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) et le rire des étoiles (25 mars 2017 - MAJ)
Avec :
Philippe Jung : président de la commission Histoire de la l'Association aéronautique et astronautique de France.
Jocelyne Sauvard : co-auteur dans l'ouvrage collectif 'Renaissance de Saint Exupéry', aux éditions Ecriture.
Alain Vircondelet : Ecrivain et universitaire
Thierry Dehayes : auteur de 'Saint-Exupéry et les femmes, histoire d'un malentendu' aux éditions du Palio.
David Lebreton : Professeur de philosophie et essayiste.

* * *

“Je hais mon époque de toutes mes forces” (par Antoine de Saint-Exupéry) 
21 mars 2017 - Le Partage


Ci-après, les derniers écrits connus d'Antoine de Saint-Exupéry. D'abord, quelques extraits de sa lettre au général X [lettre intégrale en fin de page] qu'il écrivit le 30 juillet 1944. Le lendemain, 31 juillet 1944, il est abattu au combat au-dessus de la Méditerranée.

[…] Ceci est peut-être mélancolique, mais peut-être bien ne l’est-ce pas. C’est sans doute quand j’avais vingt ans que je me trompais. En Octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord où le groupe 2 – 33 avait émigré, ma voiture étant remisée exsangue dans quelque garage poussiéreux, j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle l’herbe des chemins. Les moutons et les oliviers. Ces oliviers avaient un autre rôle que celui de battre la mesure derrière les vitres à 130 kms à l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai qui est de lentement fabriquer des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l’herbe aussi avait un sens puisqu’ils la broutaient.

Et je me suis senti revivre dans ce seul coin du monde où la poussière soit parfumée (je suis injuste, elle l’est en Grèce aussi comme en Provence). Et il m’a semblé que, toute ma vie, j’avais été un imbécile…

Tout cela pour vous expliquer que cette existence grégaire au cœur d’une base américaine, ces repas expédiés debout en dix minutes, ce va-et-vient entre les monoplaces de 2600 chevaux dans une bâtisse abstraite où nous sommes entassé à trois par chambre, ce terrible désert humain, en un mot, n’a rien qui me caresse le cœur. Ça aussi, comme les missions sans profit ou espoir de retour de Juin 1940, c’est une maladie à passer. Je suis “malade” pour un temps inconnu. Mais je ne me reconnais pas le droit de ne pas subir cette maladie. Voilà tout. Aujourd’hui, je suis profondément triste. Je suis triste pour ma génération qui est vide de toute substance humaine. Qui n’ayant connu que les bars, les mathématiques et les Bugatti comme forme de vie spirituelle, se trouve aujourd’hui plongée dans une action strictement grégaire qui n’a plus aucune couleur.

On ne sait pas le remarquer.

[…] Aujourd’hui nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires (il n’est pas de victoire aujourd’hui, il n’est que des phénomènes de digestion lente ou rapide), tout lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à la chaîne. Comme dit la jeunesse américaine, “nous acceptons honnêtement ce job ingrat” et la propagande, dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir.

Le scandale originel

Scandales
Par Jacques Sapir, le 22 mars 2017 - RussEurope


La démission de Bruno Le Roux vient conclure un quinquennat qu’avait inauguré la démission de Jérôme Cahuzac. Un scandale de plus, après l’affaire Thévenoud et quelques autres ; un scandale de trop. On dira qu’il était normal que le roux vire au marron. Mais n’oublions pas que l’homme était ministre de l’intérieur, un poste décisif dans les circonstances actuelles.

Alors qu’il ne reste plus que quelques semaines à vivre à ce gouvernement, le voici à nouveau éclaboussé par ce qui aura été décidément la marque de fabrique du quinquennat de François Hollande : le mensonge, la rapine, le goût de l’argent et le mépris du peuple.

L’exemple vient de haut

Car, l’exemple vient de haut. Le Président de la République ne s’est jamais complètement relevé de l’incident des « sans dents », lui qui n’hésitait pas à jeter des beefsteaks à la poubelle quand ils ne lui convenaient pas. Ces incidents furent révélés par son ancienne compagne, certes toute à la colère d’une femme outragée, mais elle n’eut pas à noircir le tableau.

Oui, l’exemple vient de haut, et l’on s’en est rendu compte avec la publication, en 2016 du livre « Un Président ne devrait pas dire ça »[1], qui révélait un homme vantard et faible à la fois, tenant des propos plein de mépris en privé pour les couvrir de la plus hypocrites bien-pensance dès qu’il était en public. Ce livre surtout révélait en François Hollande un homme plus soucieux de paraître que d’être, un homme plus intéressé par les discussions avec les journalistes que par les taches de l’Etat.

Le scandale originel

Ce nouveau scandale conclut donc le quinquennat. Mais, il n’est que le prolongement logique, quoique anecdotique, d’un autre scandale. Elu pour combattre la « finance », François Hollande s’est fait son plus fidèle serviteur. Elu sur le projet d’une renégociation du traité dit « Merkozy » (Merkel-Sarkozy), il n’a eu de cesse, à peine élu, de le faire ratifier sous la forme du TSCG. Dans Le Roi s’amuse, Victor Hugo fait dire à Triboulet, le bouffon du Roi « Sire, je ne viens pas redemander ma fille/Quand on n’a plus d’honneur/On n’a plus de famille.. ». Il y a là une terrible vérité. Quand les hommes politiques n’ont plus d’honneur, et l’honneur ici est de servir le bien commun et la communauté nationale, ils n’ont plus de probité.

On perçoit mieux, alors, le rôle fondamental de la souveraineté. Elle lie les dirigeants à leur peuple, elle leur confère le pouvoir mais elle les oblige aussi à la responsabilité devant ce même peuple. C’est cela le sens très profond de la souveraineté, sens qui s’exprime de manière particulièrement évidente dans la forme moderne prise par ce principe de souveraineté populaire. Mais François Hollande n’est même pas Triboulet, et ses saillies ne font rire que ses obligés.

François Hollande, comme Nicolas Sarkozy avant lui, a mis la souveraineté du peuple à l’encan. Et c’est là la racine profonde, la racine cachée, mais la racine évidente des multiples scandales qui ont entaché les quinquennats de l’un comme de l’autre.

Clarification

François Hollande, devant son bilan désastreux, a décidé de ne pas se représenter. Mais, aujourd’hui, il fait tout pour favoriser celui qui est son héritier réel, même s’il n’est pas son héritier politiquement légitime : Emmanuel Macron. Ce dernier fait partie du sérail hollandiste depuis des années, comme conseiller d’abord, ministre ensuite. Il porte une large part de responsabilité dans la politique économique catastrophique de François Hollande, une politique qui a mis le chômage au plus haut. Son élection signifierait la répétition des mêmes maux, mais aussi des mêmes scandales. Il n’y a qu’à voir la nature de ses soutiens politiques. Est-ce cela que les français veulent ?

Commencé par un scandale, ce quinquennat fut fondé sur un scandale et il s’achève par un scandale. Au moins, les choses sont claires…

[1] Davet G. et Lhomme F., Un Président ne devrait pas dire ça, Paris, Stock, 2016.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...