lundi 27 février 2017

Qui a peur des Tschäggättä ?



Qui a peur des Tschäggättä ?

Ce mois de février, les Tschäggättä, sorte de sorcières géantes, hantent la région valaisanne du Lötschental. Voleuses pour certains, chasseuses de lʹhiver pour dʹautres… quelle spiritualité véhiculent-elles? Reportage sur place et explications à Wiler de Medard Rieder, lʹun des protagonistes de cette vallée qui perpétuent la tradition. Avec les éclairages de lʹethnologue Grégoire Mayor et de lʹanthropologue Suzanne Chappaz, un sujet proposé par Gabrielle Desarzens.
Source : RTS La première (26 février 2017)

Les Tschäggättä (nom féminin pouvant se traduire par « sorcière », « femme simple d'esprit » ou « être étonnant ») sont des personnages monstrueux que l'on voit dans les rues des villages du Lötschental en Suisse pendant Carnaval.
Source (et suite) du texte : wikipedia




Les Tschägätta, monstres masqués du Lötschentall (2012)



Carnaval Lötschental, Préparation (2009)



Metzger & Bauer - Cut the Rope (video clip)
Site officiel : Metzger & Bauer

Voir aussi : La vallée de Lötschenthal, 1916 (Arrivée des Tschäggättä vers 6')
Lire aussi : Les Tschäggättä en scène : débats sur l’esthétique du masque parmi les sculpteurs du Lötschental, 2009 / Masques du Lötschental et autres masques suisses par Thomas Antonietti / Les masques du Lötschental par Suzanne Chappaz-Wirthner (Mémoire de licence, 1974) (PDF)
 

Y a-t-il un temps pour la poésie, en une époque de sauvagerie ?

Y a-t-il un temps pour la poésie, en une époque de sauvagerie ?
Par Mahmoud Darwich, le 14 avril 2013 - Arrêt sur info


Mahmoud Darwich, le « poète des vaincus » – né en Palestine en 1942, mort en 2008 – est considéré comme l’un des plus grands écrivains arabes.

Allocution inaugurale prononcée par le poète palestinien Mahmoud Darwich le 3 avril 2003, lors de la manifestation « Rencontre avec Mahmoud Darwich », à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence (*)

Y a-t-il un temps pour la poésie, en une époque de sauvagerie ?

Cette question n’est pas nouvelle. A chaque impasse humaine, après chaque catastrophe, l’impuissance de la poésie à humaniser l’Histoire est questionnée.
Nous entendons encore le cri d’Adorno : est-il encore possible d’écrire un poème, après Auschwitz ?
Il nous est encore une fois donné de nous remémorer cette question, aujourd’hui.

La poésie reste fragile, quand bien même elle s’ingénie à emprunter aux métaphores de la force de la soie ou de la solidité du miel, car la façon qu’elle a de modifier l’âme et d’élargir le cœur de l’homme est lente et invisible. Aussi habile soit-elle à établir un lien entre les sphères personnelle et universelle, elle ne peut faire oublier l’impression générale qui veut que la poésie soit fille de la solitude et de la marge, écho d’un rêve obscur.

Il est plus séant, pour les poètes, de ne pas nier cette solitude, ni – non plus – de la magnifier, et d’alléger le poids de la perplexité devant la nature nécessaire de la poésie. Il est préférable, pour eux, de développer l’angoisse créatrice, car ils ne trouveront pas de réponse dans une théorie impeccable passée au crible de la surprise poétique.

Je dois bien reconnaître, ici, que notre présente célébration est embarrassante. Non que la poésie puisse paraître étrangère à notre époque de barbarie, puisque la poésie a toujours été fille de son temps ingrat, mais parce que la célébration est fête, et que nous sommes bien incapables de ressentir la joie de la fête… Non qu’il y ait un deuil chez notre voisin, mais bien parce que nous – nous les habitants de cette petite planète – nous tous, nous sommes en deuil !

Et parce que la Terre toute entière menace de tomber dans le gouffre, après que les prémisses du vingt et unième siècle nous aient avertis qu’il est dans le pouvoir de l’idée de  » progrès  » de dupliquer la pire arriération jamais connue dans le passé, et que l’  » adoration de l’avenir  » peut être l’autre face de l’  » adoration du passé « .

Aujourd’hui, l’humanité semble vivre un  » état d’urgence  » général, face à l’interrogation quant à la vérité de son humanité, d’un côté, et face à l’interrogation, de l’autre, sur son rôle face au phénomène de la tyrannie planétaire incarnée par la politique américaine libérée de toute référence collective, qu’elle soit juridique, morale ou culturelle, mise à part celle de la razzia, de la culture de la violence, de la culture d’entreprise, de la mesure des valeurs humaines à l’aune de la supériorité militaire, sans que ceux qui rêvent à la fondation de l’empire le plus étendu et le plus puissant de toute l’Histoire ne prêtent la moindre attention au fait qu’ils ont remarquablement réussi à convaincre la conscience mondiale du fait que la folie américaine est l’unique danger qui menace le monde, en dépit de toutes les prétentions dudit empire d’ériger cette folie au rang d’une mission divine.

Il y a quelque Irak en chacun de nous – un Irak qu’on ne peut éradiquer, fait des plus anciennes lois humaines édictées par Hammourabi, de la recherche de l’immortalité initiée par Guilgamesh… jusqu’à la réalité de mort que connaît le peuple irakien aujourd’hui, avec ces bombes intelligentes mises au point par la civilisation idiote experte en assassinat.
En chacun de nous, il y a une Palestine, depuis le message d’amour et de paix apporté au monde par Jésus le Nazaréen… jusqu’au peuple palestinien d’aujourd’hui, crucifié sur la croix de l’occupation israélienne. La mort palestinienne quotidienne est devenue une sorte de bulletin météo, la tyrannie américaine ayant placé l’occupation israélienne au-dessus du droit international et élevé la puissance occupante au rang de la sainteté.

C’est un monde sauvage, dément, égoïste, dans lequel ne prévaut pas d’autre loi que celle de la jungle, un monde armé du surplus de la puissance nucléaire.
Est-il encore possible d’écrire un poème ?
Comment peut-on être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du réel, en même temps ?
Comment peut-on à la fois contempler et s’engager ?
Comment peut-on poursuivre sa tentative permanente : recréer le monde grâce à des mots à la vitalité éternelle ?
Et comment sauver ces mots de la banalité de la consommation de tous les jours ?

Zaya

MAJ de la page : Outreau / Pédocriminalité

ZAYA
Par Ceri, le 26 février 2017 - Donde vamos ?


Je reprends ici un article publié sur les blogs de Mediapart, par un connaisseur de l'affaire d'Outreau. Il faut le lire absolument. Ce récit, c'est celui d'un des meurtres d'enfants dans cette affaire, celui qui est le mieux exploré dans l'enquête. Il est très difficile à lire, mais ce sont bien les dépositions de Daniel Legrand, Myriam Badaoui et de deux de ses fils, qui hélas concordent. Tous décrivent le même scénario sans avoir pu se consulter.

La réponse qui a été donnée par les autorités est effrayante par sa simplicité: aucune disparition d'enfant correspondant à la description n'a été faite dans le même temps. Circulez....
Sauf que la réalité est sordide et elle est tenace. Les conséquences d'Outreau nous exploseront forcément à la figure parce qu'il y a trop de victimes, trop de coupables en liberté, trop de déni de la réalité.

* * *

ZAYA
Par Jacques Delivré, le 26 février 2017 - Mediapart

Prologue.

«Et, pour les punir, les dieux envoyèrent la Peste, qui s'abattit sur les Hommes et empoisonna leur cœur et leur âme.»

Voici une histoire qui s'est passée dans ton pays, et dont on parla beaucoup à l'époque. Puis, on oublia tout, car nous-mêmes sommes devenus des monstres oublieux, sourds et aveugles.                    
Si la langue des Hommes a été faite pour les tromper, tout ce qui est dit ici arriva comme cela est raconté, et les paroles sont véridiques.
Es-tu prêt à entendre cette histoire sans frémir?

Episode I.
[Déposition de] Daniel Legrand, fils :

« Je m'appelle Daniel Legrand. J'ai 20 ans. Je suis en prison depuis le 16 novembre 2001.

Aujourd'hui, c'est le 19 décembre 2001: on me sort de la prison et je suis au cabinet du Juge. Je fais des aveux complets, parce que je ne peux plus continuer à garder toutes ces choses pour moi. Je décide de tout dire pour libérer ma conscience.

Je voudrais m'excuser envers les victimes et envers la Justice parce que j'ai nié les faits au début.
Après avoir nié, je voudrais dire la vérité pour ne pas prendre pour les autres. Je préfère prendre ma part et ne pas prendre celle des autres.

Je reconnais m'être rendu plusieurs fois chez Myriam (Badaoui) et Thierry (Delay), à Outreau, dans leur appartement de la Tour du Renard. En tout, j'ai dû y aller dix ou quinze fois. J'allais chercher mon shit, mais on me donnait aussi de l'argent. Parfois, je filmais les viols avec la caméra de Thierry. J'étais payé pour ce qu'on me disait de faire. Je ne dis pas que je n'ai pas pris de plaisir, mais je repartais avec mon argent et j'étais content. C'est arrivé que Thierry me donnait des sommes entre 300 à 500 francs. Ça dépendait. Quand il me demandait de filmer, il me donnait un peu plus.

Sur les trombinoscopes que le juge me montre, je reconnais beaucoup de monde: Myriam et Thierry, bien sûr, et deux fils de Myriam. En tout, je reconnais sûr une dizaine d'enfants qui étaient là-bas souvent et qui se faisaient violer. J'identifie de façon certaine quatorze adultes que j'ai vus. Je connais le nom de quelques-uns, mais pas beaucoup. Il y a François Mourmand, qui est violent et me fait peur. Des adultes filmaient; je peux dire lesquels.

De retour en prison, je me dis qu'il y a d'autres choses encore plus graves dont je n'ai pas parlé au Juge, et à personne d'autre, sauf à un copain que je me suis fait ici, et en qui j'ai confiance. Je lui raconte tout, les viols et le meurtre. Il me dit que je ne peux pas garder ces choses pour moi: on risque de m'accuser de complicité de meurtre si quelqu'un d'autre parle. Je fais poster deux lettres que j'ai écrites par un type qui doit sortir. Une lettre à France 3, et une autre au Juge. C'est là que je parle pour la première fois du meurtre d'une petite fille, qui a eu lieu chez Myriam et Thierry, fin 1999. Je n'ai rien à cacher. Je m'en souviens comme si c'était hier. C'était en octobre ou en novembre. Je le sais, parce qu'en septembre, j'avais eu des ennuis en Belgique à cause d'un chéquier que j'avais volé. La petite fille était venue là avec un vieux monsieur.

Je dis tout cela, parce que je ne peux plus cacher les choses.

dimanche 26 février 2017

Dostoïevski et le problème du mal

MAJ de la page : Dostoievsky / Akira Kurosawa



Orthodoxie par Alexis Chryssostalis
Dostoïevski et le problème du mal
avec Franc Damour, éditeur
A propos de :
Paul Evdokimov, Dostoïevski et le problème du mal , Éd. 2014
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"Le mal est quelque chose qui doit toujours rester injustifiable, si on veut pouvoir l'affronter."

* * *


Akira Kurosawa, L'idiot, 1951

L'Idiot (白痴, Hakuchi) est un film japonais réalisé par Akira Kurosawa, sorti en 1951.
Kameda revient de la guerre, atteint d'épilepsie et considéré comme affaibli mentalement. Il rencontre Akama dans le train et découvre qu'ils se rendent tous deux à Hokkaido. Akama pense rejoindre Taeko, une femme manipulatrice mais promise à un autre et dont Kameda va aussi tomber amoureux. Cependant, Kameda est également attiré par Ayako, jeune femme dont la famille omniprésente intervient dans les relations de tous ces personnages. Le film, inspiré par le roman de Fiodor Dostoïevski, met en scène les atermoiements de Kameda, les jeux dangereux de Taeko et le comportement impulsif d'Akama.
Source : wikipedia
  

L’essence du néolibéralisme

Mix et Remix

L’essence du néolibéralisme
Par Pierre Bourdieu, mars 1998 - Le Monde diplomatique

Qu’est-ce que le néolibéralisme ? Un programme de destruction des structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur.

Le monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit — plus exceptionnellement — par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main-d’œuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ?

Cette théorie tutélaire est une pure fiction mathématique, fondée, dès l’origine, sur une formidable abstraction : celle qui, au nom d’une conception aussi étroite que stricte de la rationalité identifiée à la rationalité individuelle, consiste à mettre entre parenthèses les conditions économiques et sociales des dispositions rationnelles et des structures économiques et sociales qui sont la condition de leur exercice.

Il suffit de penser, pour donner la mesure de l’omission, au seul système d’enseignement, qui n’est jamais pris en compte en tant que tel en un temps où il joue un rôle déterminant dans la production des biens et des services, comme dans la production des producteurs. De cette sorte de faute originelle, inscrite dans le mythe walrasien (1) de la « théorie pure », découlent tous les manques et tous les manquements de la discipline économique, et l’obstination fatale avec laquelle elle s’accroche à l’opposition arbitraire qu’elle fait exister, par sa seule existence, entre la logique proprement économique, fondée sur la concurrence et porteuse d’efficacité, et la logique sociale, soumise à la règle de l’équité.

Cela dit, cette « théorie » originairement désocialisée et déshistoricisée a, aujourd’hui plus que jamais, les moyens de se rendre vraie, empiriquement vérifiable. En effet, le discours néolibéral n’est pas un discours comme les autres. A la manière du discours psychiatrique dans l’asile, selon Erving Goffman (2), c’est un « discours fort », qui n’est si fort et si difficile à combattre que parce qu’il a pour lui toutes les forces d’un monde de rapports de forces qu’il contribue à faire tel qu’il est, notamment en orientant les choix économiques de ceux qui dominent les rapports économiques et en ajoutant ainsi sa force propre, proprement symbolique, à ces rapports de forces. Au nom de ce programme scientifique de connaissance, converti en programme politique d’action, s’accomplit un immense travail politique (dénié puisque, en apparence, purement négatif) qui vise à créer les conditions de réalisation et de fonctionnement de la « théorie » ; un programme de destruction méthodique des collectifs.

Le mouvement, rendu possible par la politique de déréglementation financière, vers l’utopie néolibérale d’un marché pur et parfait, s’accomplit à travers l’action transformatrice et, il faut bien le dire, destructrice de toutes les mesures politiques (dont la plus récente est l’AMI, Accord multilatéral sur l’investissement, destiné à protéger, contre les Etats nationaux, les entreprises étrangères et leurs investissements), visant à mettre en question toutes les structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur : nation, dont la marge de manoeuvre ne cesse de décroître ; groupes de travail, avec, par exemple, l’individualisation des salaires et des carrières en fonction des compétences individuelles et l’atomisation des travailleurs qui en résulte ; collectifs de défense des droits des travailleurs, syndicats, associations, coopératives ; famille même, qui, à travers la constitution de marchés par classes d’âge, perd une part de son contrôle sur la consommation.

L'Etat et les banques, le hold-up continue

MAJ de la page : Etienne Chouard / Myret Zaki



«L'État et les banques, 5 ans après, le hold-up continue» par Myret Zaki et Etienne Chouard (Genève, 11 février 2017)




Shadow banking : le débat (Bilan, 2016)



Swiss Trading Day : tribune de Myret Zaki (IG Bank, 2016)

Myret Zaki (avec Dominique Morisod), La finance de l'ombre a pris le contrôle,. Ed. Favre, 2016
Que s'est-il passé depuis la fin de la crise des subprime ? La finance s'est-elle réformée ? Bien au contraire: jamais le risque n'a été aussi élevé. Cette fois, tout s'est passé dans l'ombre. Les courtiers, gérants de fonds, traders et négociants de la finance sophistiquée s'emparent des activités bancaires, tout en opérant en dehors des règles bancaires. Ces dernières se sont durcies, alors le monde de la spéculation s'est échappé dans un univers parallèle: la finance de l'ombre fait crédit aux entreprises et les "dark pools", ces bourses secrètes, redéfinissent les règles du jeu sans consulter les gouvernants.
Le shadow banking, c'est 80'000 milliards d'actifs à haut risque qui ont pris les banques centrales en otage: la moindre hausse de taux d'intérêt, et c'est le krach.
Ce monstre qui prospère dans l'obscurité est pourtant bien la création des banques centrales. La finance de l'ombre reste solvable uniquement parce que les taux sont à zéro. Si la Fed veut enrayer le risque systémique, elle doit relever les taux, mais si elle le fait, la montagne spéculative explosera, emportant avec elle des pans de l'économie réelle.
Quatrième de couverture
Commande sur Amazon : La finance de l'ombre a pris le contrôle
 
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