samedi 8 mars 2014

Reflets dans un oeil d'homme

Parole à une féministe éclairée, la canadienne Nancy Huston, pour son dernier essai, Reflets dans un œil d'homme (Ed. Actes Sud, 2012), renvoyant dos à dos les idéologies en court.

Nous incarnons bien moins que nous ne le pensons, dans notre arrogance naturelle et candide, la femme libre ou libérée. Nous montrons du doigt les femmes qui se couvrent les cheveux ; nous, on préfère se bander les yeux. 
Toutes les différences entre les sexes sont socialement construites, ce dogme est ressassé à l'envi dans la société française d'aujourd'hui. Pourtant il y a bien un impératif de reproduction - chez les humains comme chez tous les autres mammifères - qui induit un rapport de séduction différent suivant que l'on naît garçon ou fille.
Partant de ce constat simple mais désormais voué à l'anathème, Nancy Huston explore les tensions contradictoires introduites dans la sexualité en Occident par la photographie et le féminisme. Ainsi parvient-elle à démontrer l'étrangeté de notre propre société, qui nie tranquillement la différence des sexes tout en l'exploitant et en l'exacerbant à travers les industries de la beauté et de la pornographie.
(Quatrième de couverture)


IV Genre, quand tu nous tiens.
Pourquoi, s'agissant des différences entre les sexes, tant d'intellectuels contemporains trouvent-ils intolérable, inadmissible, ce qui a été une évidence universelle jusqu'à notre époque ?
Dès les année 1930, au vu des applications désastreuses par les nazis des théories naturistes et eugénistes qui avaient dominé la pensée scientifique au cours des décennies précédentes, bien des auteurs ont choisi de nier en bloc toute forme de déterminisme. Parce que Hitler souhaitait non seulement entériner mais radicaliser les différences naturelles, il fallait décréter que toute disparité entre les sexes comme entre les races n'était que "construction" ou "élaboration secondaire". C'est l'idée de la plasticité humaine devenue dogme.
L'anthropologue américaine Margaret Mead dit explicitement avoir pris la décision, avec son époux Grégory Bateson, de ne plus réfléchir aux différences innées - pour des raisons politiques (...)
En France, l'idée des différences naturelles est très largement considéré conne une idée "de droite", tandis que les idées "de gauche" sont fermement constructivistes. Ainsi assistons-nous, depuis la Seconde Guerre, à un divorce grandissant entre scientifiques et philosophes, ceux-ci ignorant avec superbe les découvertes de ceux-là sous prétexte qu'elles pourraient être instrumentalisées pour justifier l'oppression, ou pire. (p. 73-75)

Une théorie irresponsable
Le totalitarisme nazi disait tout est nature, le dogme officiel sous le communisme clamait au contraire tout est culture, en clair nous préférons aujourd'hui Marx à Hitler. Tout est construit et donc reconstructible, le bébé humain est une tabula rasa, à nous de décider ce que nous souhaitons écrire dessus. Ce même orgueil prométhéen, ce même refus de tout déterminisme, de toute modestie, de toute limite à ce que nous pouvons et devons entreprendre, a caractérisé tous les régimes communistes du XXe siècle et conduit aux catastrophes que nous savons.
Or l'idéal que défend théoriquement notre modernité consiste non à nier la nature mais à la corriger, en s’efforçant de garantir les droits égaux à tous les humains : les moches comme les beaux, les petits comme les grands, les bêtes comme les intelligents, les sombres comme le clairs de peaux, les handicapés comme les normaux. Si tous étaient égaux d'emblée, nous n'aurions pas besoin de défendre cet idéal. On peut admettre l'existence de différences innées sans être nazi, parce qu'on peut en tirer des conséquences différentes des nazis : non pas opprimer/exterminer les faibles mais, tout au contraire, les aider et les protéger. Les femmes doivent être protégées contre les hommes non parce qu'elles sont "inférieures" mais parce qu'ils peuvent les violer, et les engrosser contre leur gré, c'est un fait tout simple, qu'on compris (et interprété, chacune à leur manière) toutes les société humaines jusqu'à la nôtre. (p. 92).
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Nancy Huston, née le 16 septembre 1953 à Calgary en Alberta au Canada, est une écrivaine franco-canadienne, d'expression anglaise et française, vivant à Paris en France depuis les années 1970.
Biographie et bibliographie : wikipedia




Entretien avec Nancy Huston au Centre culturel du Canada (2012)



Causerie à la Librairie Monet (2012)

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